Henri Doré (1859-1931)

RECHERCHES SUR LES SUPERSTITIONS EN CHINE

Variétés sinologiques, Imprimerie de la Mission catholique à l’orphelinat de T’ou-sé-wé, Chang-hai,



Présentation par Henri Doré
: L’ouvrage dont j’entreprends la publication sera divisé comme il suit.

Première partie : Les pratiques superstitieuses. (Volumes I-V. Quatre volumes parus). — On y traite des pratiques superstitieuses qui enlacent le Chinois païen du berceau à la tombe. Mes études portent surtout sur les deux provinces du Kiang-sou et du Ngan-hoei. Je mentionne donc les superstitions que je connais pour les avoir vues pratiquer de mes propres yeux. Que d’autres travaillent sur le même sujet dans les autres provinces, et nous aurons les éléments d’un travail complet sur la question. Je donne les illustrations et les fac-similés d’un grand nombre de documents recueillis dans ces deux provinces.

Seconde partie : Le panthéon chinois. (Volumes VI-XII. Six volumes parus). — Elle renferme ce qu’on peut trouver d’historique, et de connaissances pratiques, sur les hommes réels ou mythiques honorés comme dieux, esprits, ou génies : c’est-à-dire, une notice documentée sur chacun d’eux, suivie d’une ou plusieurs images.

Troisième partie : Popularisation des trois religions (Volumes XIII-XVIII. Trois volumes parus). — Cette troisième partie comprendra une notice illustrée sur Confucius, Lao-tse et Bouddha, d’après les livres et les images chinoises. Nous donnerons ensuite un résumé synthétique des trois religions qu’ils ont fondées : Confucianisme, Taoïsme et Bouddhisme, nous attachant surtout à montrer comment elles ont été popularisées en Chine par l’image, le tract, la comédie et même le roman. Mettant en partie de côté les réflexions philosophiques sur ces doctrines, nous nous efforcerons de les montrer vivantes, telles que le peuple les connaît et les pratique actuellement en Chine.



Une longue expérience et plus de vingt années de relations quasi-quotidiennes avec les païens, m’ayant mis dans des conditions très favorables pour connaître leur mentalité et toutes leurs croyances, j’ai cru qu’il appartenait à mon rôle de missionnaire de contribuer, pour ma faible part, à essayer de les décrire.

Depuis longtemps préoccupé de cette idée, j’ai visité les pagodes, parcouru les villes et les bourgades pour me procurer toutes les images populaires ayant trait à mon sujet. Je dis ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu ; je cite les documents où j’ai trouvé l’origine et le développement de ces superstitions. Ordinairement je traduis ces documents ; quelquefois je me contente d’en donner le sens, ou de traduire l’essentiel.

Ces documents sont si multipliés dans la seconde et dans la troisième partie, que souvent j’ai dû renoncer à les donner en chinois, pour ne pas trop alourdir les notices. Mais comme mon but est de creuser un puits qui donne accès à la mine des superstitions et en facilite l’exploitation, je citerai les ouvrages consultés, avec indication de la page. J’ai l’avantage de pouvoir donner, entre autres références, celles que le P. Pierre Hoang a si patiemment cherchées dans les nombreux ouvrages chinois qui traitent de ces questions. Même après sa mort, il rendra encore service à la science.

Après chaque article, on trouvera une ou plusieurs gravures d’origine vraiment chinoise, et non pas inventées pour le besoin de la cause.

Ces images chinoises, ces documents authentiques, m’ont semblé avoir plusieurs avantages. Le premier, c’est d’éclairer le texte, car la vérité entre mieux par les yeux. Le second, c’est de prouver que ces superstitions ne sont point imaginaires, qu’elles existent réellement, que les peintres chinois les connaissent, puisqu’ils les représentent sur des images à l’usage du peuple. Nous tenons dans la bibliothèque de Zi-ka-wei, l’original de toutes ces gravures et des centaines d’autres encore, dans des Albums composés peu à peu avec des images trouvées dans les villes chinoises et sur les marchés. Chacune de ces gravures devient ainsi une preuve de la réalité du sujet qu’elle représente, et chacun des sujets devient un sujet vécu.

Un troisième avantage, c’est de mieux faire voir la croyance populaire. Le peuple apprend plus par l’image que par la lecture, et quiconque possède à fond la science de l’imagerie populaire, a pénétré par le fait, jusqu’au fond du cœur les gens du peuple, il s’est assimilé leurs idées, leurs goûts, leurs prédilections. Qu’un écrivain original exprime une pensée divergente dans un ouvrage quelconque, ce livre n’indiquera que l’opinion d’un particulier. Mais les images peintes pour les gens du peuple doivent s’adapter à leurs croyances pour avoir du succès ; et il se trouve naturellement que ce sont les plus répandues, les plus achetées, qui expriment le mieux les croyances de la foule.